Histoire des Maires de Marseille
Des 33 ans de longévité dans la fonction de Gaston Defferre au court intérim de cinq jours de Pierre-Honoré Tardieu en 1830, chaque maire a sans doute souhaité laisser une trace de son passage à l'Hôtel de Ville.
D' Étienne Martin dit le Juste, on retiendra simplement qu'il fut le premier à disposer de réelles prérogatives et peut donc, à ce titre, être considéré comme le premier véritable maire de Marseille en 1790.
Mais, ce que la révolution française a donné, elle peut le reprendre.
Son successeur Jean Mouraille en fit la cruelle expérience.
"Trop tiède" en ces temps de terreur, il fut destitué et arrêté (1793).
Nommé en 1813 par l'empereur, Jean-Baptiste marquis de Montgrand lui a survécu jusqu'à sa démission en 1830.
II est le premier maire de Marseille dont le passage influe le paysage phocéen par plusieurs chantiers majeurs comme l'hôpital Caroline ou le bassin du carénage.
Négociant de métier, Dominique Maximin Consolat qui lui succède aura le grand mérite de faire voter le principe de création du canal qui conduira l'eau de la Durance jusqu'à Marseille.
Accessoirement, on lui doit aussi la création de l'avenue du Prado et l'inauguration de l'Arc de Triomphe.
Après une quinzaine d'années de travaux, c'est Bonaventure de la Cropte, comte de Chanterac, qui a toutefois l'honneur d'accueillir l'eau de la Durance dans la cité phocéenne.
Tout comme il accueillera Napoléon III pour la pose de la première pierre de la nouvelle Major (1852) et qu'il inaugurera l'année suivante le bassin de la Joliette.
Dernier maire à être nommé par décret impérial le 25 juillet 1864, Théodore-Antoine Bernex lancera de grands travaux d'urbanisme et inaugurera la préfecture et le Palais Longchamp.
La fin de l'empire engendrera une longue succession de maires qui n'ont guère brillé, il faut bien l'avouer, par leur esprit d'initiative...
Les Maires élus:
En 1882, Jean-Baptiste Brochier devient alors le premier maire élu par le conseil municipal.
II faudra néanmoins attendre la magistrature de Félix Baret pour voir la topographie marseillaise véritablement évoluée.
Sous la houlette de cet avocat, la Bourse du travail sort de terre, l'éclairage électrique installé sur la Canebière (1888), le boulevard Michelet percé et la généralisation des tramways à traction électrique décidée.
C'est encore sous Félix Baret que les travaux du tout à l'égout sont débutés avec 200 kilomètres de canalisations posées sous son mandat.
Siméon Flaissières s'y oppose car il craint que ce ne soit un vecteur de maladies infectieuses.
Ce médecin d'Endoume devient en 1892 le premier maire socialiste de Marseille.
Durant ses 22 ans de règne tronçonnés en plusieurs segments, son nom reste attaché au Pont Transbordeur inauguré en 1905 et à la première exposition coloniale.
Outre le parc qui porte aujourd'hui son nom, l'avocat Amable Chanot est notamment resté célèbre à travers le différent qui l'opposa au Docteur Siméon Flaissières.
1908, la campagne électorale bat alors son plein. Amable Chanot prend un arrêté obligeant les industriels à barder de caoutchouc les roues des charrettes afin de protéger les chaussées et les immeubles riverains de leur trépidation.
Emmanuel Allard, qui passe l'écharpe de premier magistrat, vingt et un ans après son échec de 1887.
Autant Allard est un maire discret, autant son successeur Bernard Cadenat a le caractère trempé.
L'enfant de la Belle de Mai est précédé d'une réputation des plus sulfureuses.
Au demeurant justifiée puisque le "député rouge" a tâté plusieurs fois de la prison pour avoir fait le coup de poing avec les forces de l'ordre.
Son bref mandat est le témoin de la construction de la faculté des sciences de SaintCharles et, en 1911, de l'installation de la fontaine Cantini sur la place Castellane.
33 ans de pouvoir
Eugène Pierre sera pour sa part le maire de la grande guerre et inaugurera le tunnel du Rove en 1917. De Georges Ribot, on retiendra surtout le nom de son premier adjoint, Simon Sabiani, authentique héros de guerre et véritable maître occulte de Marseille.
L'époque, il est vrai, est agitée.
Le roi Alexandre 1 er de Yougoslavie et le ministre français Louis Barthou sont victimes d'un attentat sur la Canebière (1934).
Du passage d' Henri Tasso à l'Hôtel de ville, on ne se souvient guère que de l'incendie des Nouvelles Galeries, en mars 1939, et de la mise sous tutelle de la cité phocéenne qui s'ensuivit.
Au sortir de la seconde guerre mondiale, la tutelle est levée et le fauteuil échoit à Jean Cristofol , par ailleurs député communiste, jusqu'en 1947 où lui succède l' avocat Michel Carlini à qui l'on doit les premiers kilomètres de la future autoroute nord.
Sa défaite face à Gaston Defferre est le début d'une longue hégémonie.
Six mandats et trente trois ans de pouvoir sans partage (1953-1986) au cours desquels les hôpitaux nord et de la Timone sont, construits, la promenade de la Corniche élargie (1957-1969) et le tunnel sous le Vieux-Port réalisé (1964-1967).
Ministre sous la IVe et la Ve République, Gaston Defferre est surtout l'homme des lois de décentralisation de 1982 et 1983 qui offrent aux maires des compétences jusque là jalousement détenues par l'Etat.
Après son décès, le 7 mai 1986, d'une congestion cérébrale, Robert Vgouroux lui succède pour ce qui ne doit être qu'un intérim. Candidat contre son parti (PS) aux élections de 1989, il réalise alors un surprenant grand chelem en raflant les huit secteurs de la ville.
Six ans plus tard, la cité phocéenne s'offre à Jean-Claude Gaudin, le dernier maire du siècle et le premier du nouveau millénaire...
® Pascale Ballejos