Histoire des Galères
L'origine de l'Arsenal des Galères remonte à 1296. Voulant reconquérir la Sicile, Charles II d'Anjou, comte de Provence et roi de Naples, acquiert une partie des chantiers communaux de construction navale du Plan Fourmiguier (le quai des Belges).
A son tour, Charles VIII fait mettre en chantier plusieurs galères dans l'enclos royal marseillais et ordonne la construction du premier arsenal.
C'était alors un bâtiment léger où la galère était remisée, avec un étage servant à ranger les gréements. L'ensemble était appelé tercenal et Marseille en comptera six en 1494 où autant de galères seront armées.
La flotte française est alors constituée de vaisseaux appartenant au roi ou loués à des capitaines privés au gré des besoins des expéditions maritimes.
II faudra attendre 1627 pour que Richelieu décide que les navires de la marine royale seront construits ou achetés par le roi et entretenus à ses frais. La flotte marseillaise passe alors de 13 à 21 galères avec un effectif de 10.000 hommes d'équipage.
Nicolas Arnoul,
Intendant général et bâtisseur...
Ayant soumis la ville rebelle en 1660, Louis XIV met Marseille sous étroite surveillance administrative, politique et militaire. De son côté, Colbert entend moderniser la ville et développer ses activités économiques et commerciales, lui assurer la maîtrise de la Méditerranée pour la plus grande gloire du Roi Soleil.
II attribue à l'un de ses hommes de confiance, Nicolas Arnoul, le poste d'Intendant Général des Galères avec pour mission de construire un vaste arsenal moderne et de reconstituer une importante flotte. Dépendant directement du Secrétariat d'Etat à la Marine, il échappe à la hiérarchie militaire et dispose ainsi des pleins pouvoirs.
Dès 1665, les travaux commencent sous la direction de 1' architecte Gaspard Puget.
Conduits en trois tranches, ils vont durer 30 ans.
Tout d'abord Arnoul occupe tout le Plan Fourmiguier, refoulant le chantier communal vers l'extrémité de la Rive Neuve.
A partir de ce terrain annexé de force, il détermine, à coups d'expropriations successives, le périmètre du futur Arsenal des Galères délimité par la Canetière et les rues Paradis, Sainte et Fort Notre-Dame.
Cet arsenal sera une véritable "ville dans la ville", construite selon des règles architecturales strictes.
L'entrée principale, la monumentale Porte Réale, se situait au milieu de l'actuel quai des Belges avec, en arrière plan (place de la Bourse), le Pavillon de l'Horloge. Dans ce vaste ensemble se trouvaient regroupées toutes les activités nécessaires au fonctionnement du corps des galères: formes de construction, ateliers, magasins, mais aussi parc d'artillerie, salle d'armes et hôtel de l'intendant.
Un canal intérieur, la Darse, sera creusé en 1702 sur l'emplacement du cours d'Estienne d'Orves et de la place aux Huiles. Quant à l'hôpital construit en 1650 à la place de tercenaux démantelés, il est modernisé et servi par les frères de Saint Vincent de Paul.
40 galères et 12.000 galériens
Achevé en 1707, l'arsenal de Marseille est alors le plus important de France et comptera jusqu'à 40 galères en service. L'effectif militaire, qui comprend 5.000 matelots et soldats, 1.000 sous-officiers et 400 officiers, y côtoie 2.500 ouvriers ou compagnons. 12.000 "benevoglies", esclaves, forçats, condamnés de droit conunun constituent la chiourme.
Fers aux pieds, c'est essentiellement 1a force de leurs bras qui propulse la galère, les gardiens maintenant le rythme de la nage à coups de fouet de corde généreusement distribués.
Toute cette population n'échappera pas à la grande peste de 1720.
Dès les premières semaines, on proposa aux galériens de ramasser les cadavres et de les incinérer en échange de leur liberté, ce dont bien peu profiteront.
En 1748, Louis XV supprime la peine des galères et réorganise sa marine: le corps des galères fusionne avec celui des vaisseaux de haut bord. L'arsenal de Marseille cesse ses activités et les galériens sont reconvertis en ouvriers ou travailleurs de force dans les établissements de la Royale.
Ministre de la guerre et de la marine, Choiseul rétablit en 1762 les fonctions de l'arsenal, partagé entre l'artillerie terrestre et la marine royale avec quatre galères chargées de la surveillance des côtes.
Cette résurrection sera de courte durée.
En 1781, 1e maréchal de Castries ordonne l'abandon de l'arsenal et la dernière galère en état de voguer est envoyée à Toulon avec 500 forçats.
L'Arsenal des Galères touchait au terme de son histoire et, après plusieurs siècles de vie commune, galères et galériens disparaissaient du paysage marseillais.
Jean-Pierre Griette